Le traitement de l’information et la formation d’opinions font partie intégrante de la nature humaine. Ces opinions sont formées par notre passé, notre niveau d’éducation, notre accès à l’information et des centaines d’autres variables.

Il va sans dire que nos opinions ne correspondent pas toujours. Et heureusement ! La diversité des idées et des points de vue qui nous aide à construire des communautés plus équilibrées. Mais en termes de prise de décision, il est essentiel de parvenir à un consensus. Un gouvernement ne peut avancer que si un nombre suffisant de citoyens adhére au projet proposé.

Pour pouvoir parvenir à ce consensus, il faut être capable d’exprimer ses arguments et de chercher des solutions qui profitent à tous. Et il s’avère que nous pouvons être en accord ou en désaccord avec les autres de nombreuses façons.

Les moyens les mieux documentés pour partager nos points de vue sont les 3 D : dialogue, débat et délibération. Mais quelles sont les différences, exactement ? Et quel rapport avec la participation numérique ? Le dialogue, le débat et la délibération ont tous des objectifs différents.

Le dialogue : l’échange d’opinions pour le plaisir de la discussion

Nous connaissons tous le plus fondamental de ces types de conversation : le simple dialogue ou la discussion. Nous nous avons tous déjà discuté de sujets qui nous tenaient à cœur avec quelqu’un qui avait un point de vue très différent. Les discussions sont de simples échanges d’informations, d’expériences et de croyances, qui ne mènent pas nécessairement à une solution ou à un consensus.

Dans le cas du dialogue, l’acte de converser est bien plus important que les points que l’on marque ou le sujet que l’on aborde. L’accent est mis sur la création de liens et la compréhension mutuelle.

La plupart des projets de la plateforme CitizenLab se caractérisent par le dialogue et la conversation ouverte, soit entre les citoyens, soit entre les citoyens et leurs gouvernements. La ville autrichienne de Linz, par exemple, a lancé une fonction de proposition citoyenne qui permet aux citoyens de partager leurs idées ou de prendre des initiatives à tout moment. Cette innovation donne lieu à des interactions intéressantes entre les citoyens, qui peuvent partager leurs idées et réagir aux idées partagées, et l’administration, qui obtient un meilleur aperçu des priorités de la ville. Autre exemple, la municipalité de Kortrijk a répondu à 96% des 3 000 idées postées sur sa plateforme de participation pour remercier les citoyens et faire des retours sur leurs idées. Dans les deux cas, le dialogue permet de créer des liens entre la municipalité et les habitants, et d’augmenter la transparence du processus et réhausser ainsi la confiance portée au gouvernement.

Débat : deux points de vue opposés s’affrontent pour la victoire

Dans un débat, deux partis aux idées opposées tentent de se convaincre l’un et l’autre. Plutôt que de se concentrer sur la conversation elle-même, comme c’est le cas pour le dialogue, c’est ici le résultat qui compte. Dans un débat, il y a toujours une connotation de victoire et de défaite : la partie qui a les arguments les plus convaincants gagne le débat. Pour ce faire, il faut contrer les arguments de la partie « perdante ». Pour cette raison, une plateforme de participation en ligne n’est généralement pas le meilleur endroit pour débattre – la plupart des désaccords en ligne seraient considérés comme un dialogue.

« Le fondement du débat est la réfutation« , déclare Julia Dhar, économiste comportementale au BCG (Boston Consulting Group). « C’est l’idée que vous faites une réclamation, je donne une réponse, et vous répondez à ma réponse. Sans réfutation, ce n’est pas un débat, mais une pontification« .

Cependant, selon Dhar, les débats ne sont pas forcément polarisants. La clef pour un débat constructif est de définir un terrain d’entente. « Les gens qui sont le plus en désaccord commencent par trouver un terrain d’entente, aussi étroit soit-il. Ils identifient ce sur quoi nous pouvons tous nous entendre et partent de là, qu’il s’agisse du droit à l’éducation, de l’égalité entre tous ou de l’importance de communautés plus sûres. Ce chevauchement est notre réalité commune« .

L’exemple le plus courant de débat réel se produit en période électorale. À l’approche des élections, les candidat.e.s des différents partis sont appelés à débattre les uns avec les autres sur des sujets sociaux pertinents, ce qui permet au public de comprendre leurs arguments respectifs et les différences entre leurs points de vue. Aux États-Unis, les débats présidentiels sont de véritables shows télévisés très attendus qui peuvent orienter l’issue des élections, mais la plupart des pays démocratiques ont aussi des versions locales pour les élections municipales, régionales ou fédérales.

Délibération : explorer les voies d’action

La délibération consiste en l’examen d’une question et en la comparaison des différentes options. Selon la définition de la professeure Jennifer Eagan, il y a délibération lorsque « les citoyens échangent des arguments et examinent différentes revendications qui visent à garantir le bien public« . Ce faisant, ils visent à « parvenir à un accord sur la procédure, l’action ou la politique qui produira le mieux le bien public« .

Une forme courante de délibération est la formation d’une assemblée citoyenne. On parle d’une assemblée citoyenne lorsqu’un groupe de personnes est sélectionné pour s’informer sur un défi politique spécifique, délibérer sur des lignes de conduite possibles, et finalement formuler des conseils politiques sur le sujet en question. Selon la nature du sujet, les citoyens sont choisis pour représenter l’ensemble de la population en termes d’âge, de lieu, d’ethnicité, de niveau d’éducation et de sexe.

Les assemblées citoyennes sont un type d’engagement public qui gagne en popularité (pour plus d’informations, voir notre article à ce sujet). La récente Convention Citoyenne pour le Climat a récemment permis à 110 citoyens tirés au sort de rédiger 10 propositions pour combattre le réchauffement climatique après un an d’échanges, de discussions et de rencontres avec des experts. Récemment, la ville de Bristol a également également lancé une assemblée citoyenne pour déterminer des mesures de sortie de crise post-corona.

Il y a encore quelques années la délibération était réservée au monde physique, les outils numériques ne permettant pas une réelle délibération en profondeur et en temps réel. Cependant, un vent de changement souffle sur les outils de la Civic Tech et de plus en plus de plateformes se dotent de fonctionnalités de délibération. Les ateliers citoyens en ligne développés par CitizenLab permettent des interactions en direct, des discussions approfondies et un consensus. En ces temps d’éloignement social, la délibération numérique est devenue un excellent moyen d’assurer la continuité démocratique et de maintenir le dialogue avec les citoyens.

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