La démocratie délibérative et la démocratie participative sont deux concepts que l’on mélange souvent. Ces deux systèmes visent à inclure les citoyens dans la prise de décisions et à renforcer la transparence. Comment les différencier ?

La démocratie délibérative comme la démocratie participative sont deux concepts qui donnent aux citoyens une place centrale. Les deux systèmes sont construits sur l’inclusion des citoyens à la vie politique, leur donnant l’occasion de faire entendre leur voix et de peser sur la manière dont leur communauté est gouvernée.

Cependant, la ressemblance s’arrête là. En bref, si la démocratie participative vise à donner aux citoyens les moyens d’agir, la démocratie délibérative est axée sur la discussion et le débat entre les citoyens et les autres parties prenantes. Alors que la participation se concentre sur les actions elles-mêmes, la délibération se concentre sur le processus décisionnel qui précède l’élaboration des politiques.

Parmi les exemples de participation, on peut citer les sondages, la collecte d’idées, les enquêtes ou encore les budgets participatifs. Ces méthodes sont fréquemment utilisées par les gouvernements et collectivités locales pour engager un grand nombre de citoyens et leur permettre de contribuer des idées ou bien de choisir entre plusieurs solutions.

La délibération se fait le plus souvent hors ligne. Elle peut se faire par le biais d’une assemblée où un groupe de citoyens tiré au sort est appelé à délibérer et à formuler des recommandations sur un sujet. Ces assemblées sont souvent utilisées pour encourager une réflexion de fond, et trouver une solution à un problème de société. Elles sont par exemple été mises en place en Irlande lors des référendums sur l’avortement et le mariage pour tous. La convention citoyenne pour le climat, lancée à l’automne dernier en France et formée de 150 citoyens tirés au sort, est chargée de trouver des réponses innovantes à la crise climatique.

Différents niveaux d’engagement

Dans le cas d’une délibération, l’objectif final est généralement de parvenir à un consensus. Comme l’écrit la chercheuse politique Thamy Pogrebinschi, « les innovations délibératives ne consistent pas seulement à exprimer des opinions ou des demandes ; elles nécessitent également une interaction et un échange. L’interaction entre les participants – qui implique souvent différentes parties prenantes, publiques et privées – crée souvent des formes d’échange communicatif qui rendent possibles d’éventuels changements de positions et de préférences« . Autrement dit, la discussion en petits groupes favorise l’échange de vues, la négociation et la formation d’opinions éclairées.

Micah Sifry de Civic Hall ajoute que : « l’engagement en profondeur ne s’étend pas, et l’engagement superficiel ne pénètre pas. » [ “thick engagement doesn’t scale, and thin engagement doesn’t stick.”] La délibération (soit « l’engagement en profondeur ») nécessite de rassembler les citoyens, d’organiser un débat constructif et de rassembler les ressources nécessaires à ce que les participants puissent étudier tous les aspects de la question.

La participation (« l’engagement superficiel ») peut concerner un vote ou bien l’attribution d’un budget. Elle est plus facile à mettre en place que la délibération et les barrières à la participation sont plus faibles, ce qui lui permet d’inclure un plus grand nombre de citoyens. Cependant, l’engagement est généré en surface uniquement, et ne permet pas un véritable débat de fond.

Aujourd’hui, l’un des principaux freins à la délibération est la complexité de ce processus et la difficulté à le reproduire en ligne. Les outils numériques que nous utilisons sont le plus souvent pensés pour la participation : ils permettent de toucher un grand nombre de citoyens et encouragent l’action (comme le vote ou le partage d’une idée), mais ne permettent pas vraiment le débat de fond ni l’émergence d’un consensus.

L’union fait la force

Si la participation et la délibération sont deux concepts différents, ils ne sont pas opposés – et c’est d’ailleurs en combinaison qu’ils fonctionnent le mieux. La délibération est un outil puissant, mais qui ne fonctionne pour l’instant qu’à petite échelle, avec des échantillons de citoyens représentatifs de la population. La participation ne permet pas un engagement aussi profond, mais elle permet de toucher un grand nombre de citoyens et rend possible un engagement régulier dans la vie politique locale, avec des résultats tangibles. Utilisées ensemble ces deux notions renforcent la démocratie plus directe et permettent de redonner aux citoyens une place centrale dans le processus de prise de décisions.

Dans les faits, comment combiner les deux ? « Nous pouvons inviter les gens à soumettre des idées et des propositions en ligne pour qu’elles soient examinées par les participants qui se réunissent en personne. Inversement, nous pouvons nous appuyer sur les recommandations et les idées générées lors d’événements délibératifs pour former la base des efforts de participation numérique », suggère le Jefferson Center, un think-tank américain. Il est aussi possible (et nécessaire) de repenser nos outils numériques afin que la délibération puisse y prendre place. Chez CitizenLab, nous sommes ainsi en train de développer une fonctionnalité d’ateliers citoyens en ligne qui permet la délibération en petits groupes et les échanges de fonds sur la plateforme.

Les ateliers numériques de Citizenlab

L’avenir de l’engagement citoyen ne peut reposer sur l’une seule de ces notions. La participation utilisée de pair avec la délibération permet d’assurer un plus grand nombre de participants, de renforcer l’impact de l’engagement citoyen et de rendre le processus d’élaboration des politiques plus accessible.

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