Alors que la ville d’Antony s’apprête à lancer son troisième budget participatif, nous avons parlé à Alexis Sannier, responsable de la démocratie participative et ville intelligente de la Ville, des ambitions de cette nouvelle édition et des leçons apprises au cours des derniers projets. 

CitizenLab : « Quelle est la place de la participation citoyenne dans la ville d’Antony ? » 

Alexis Sannier : « Depuis plusieurs années, la démocratie participative est au cœur de l’action de la municipalité. Nous organisons des budgets participatifs, mais aussi des consultations et concertations citoyennes autour des choix d’aménagement et des projets structurants de la Ville. Usagers quotidiens des infrastructures et des services locaux, les habitants en sont les plus fins connaisseurs. En les impliquant toujours davantage dans la vie locale, nous souhaitons mobiliser l’intelligence collective et la richesse des connaissances pour construire des projets qui répondent aux besoins réels des habitants. C’est un axe majeur de la mandature en cours.

L’équipe municipale est à l’initiative des démarches de démocratie participative : il s’agit d’une volonté politique forte, il n’y avait donc pas nécessité de convaincre les élus. Comme tous projets, la réalisation est ensuite un travail conjoint entre les élus et les services municipaux. »

C : « C’est maintenant votre troisième budget participatif : qu’avez-vous appris des projets précédents, et quels conseils donneriez-vous aux autres villes qui préparent leur lancement ? » 

AS : « Nous avons tout d’abord appris qu’il peut être très difficile de mobiliser les habitants sur des dispositifs de participation citoyenne. Le déploiement d’une très large communication et d’actions sur le terrain est essentiel pour réussir à élargir le spectre du dispositif. Il est également difficile de toucher tous les publics : pour notre exemple, nous avons du mal à mobiliser les plus jeunes et les publics excentrés. Il n’existe pas de recette magique pour toucher ces publics, mais il est recommandé d’aller à leur rencontre sur le terrain et de lever tous les leviers qui pourraient bloquer leur participation (méconnaissance des rouages institutionnels, aide face à la fracture numérique…).

La campagne du troisième budget participatif d’Antony, centrée sur le développement durable

En parlant de communication, il est important de garder à l’esprit que projet ne s’arrête pas quand les votes prennent fin. Nous avons appris qu’il est important de communiquer fréquemment sur la réalisation des projets, au même titre que le vote et que l’idéation, car les habitants sont en attente de points très réguliers sur leur avancement.

Enfin, nous avons également appris que pour que le budget participatif fonctionne, il faut impérativement le mener de manière transversale, en intégrant très tôt les services municipaux dans l’élaboration du dispositif. En effet, les services techniques, notamment, seront les moteurs de l’étude puis de la réalisation des projets. Ils ont des contraintes particulières qu’il faut prendre en considération. Dans notre cas, les services municipaux ont tous joué le jeu et ont intégré le principe de la participation dans la mise en place des nouveaux projets. La culture participative interne s’est développée de manière plutôt fluide. »

C : « Quel accompagnement la Ville a-t-elle mis en place pour les porteurs de projet ? »

AS : « L’expérience des deux précédentes éditions du budget participatif a montré que proposer une feuille blanche aux habitants était insuffisant. Le budget participatif donne du pouvoir aux habitants et il faut les aider à saisir cette opportunité.

A Antony, le règlement a bien évolué entre la première édition et celle que nous menons aujourd’hui. L’objectif est bien entendu de favoriser l’émergence de projets plus divers, qualitatifs et ambitieux. Dans la phase de collecte des idées, des dispositifs d’accompagnement sont maintenant mis en place pour permettre aux habitants de dialoguer et proposer des projets. Les ateliers d’idéation [qui ont lieu en ligne] offrent des moments d’échange et permettent de créer du lien social, dans une perspective positive. Ils apportent également une dimension délibérative aux projets.

L’accompagnement sert également à soutenir les projets les plus complexes. Certains projets citoyens (comme par exemple un projet de jardin partagé) engendrent des coûts et des investissements en personnel communal, alors que notre dispositif concerne uniquement les projets d’investissement.. Afin de pouvoir mener ces projets à bien, nous proposons aux porteurs de projets de s’engager dans la réalisation de leur idée. La Ville peut alors les soutenir dans la création de structures porteuses, notamment associatives, et en prenant en charge les dépenses de fonctionnement de la première année de réalisation du projet (dépenses de communication, prestations, dépenses courantes liées au projet…). En laissant les habitants prendre les rênes, nous permettons donc la réalisation de projets plus ambitieux. »

C : « Pourquoi un budget participatif pour le développement durable ? Avez-vous remarqué que c’est une priorité grandissante pour les habitants de la Ville ? »

AS : « Le développement durable est au cœur des préoccupations des habitants. C’est également un axe très important du programme de la municipalité.  Le sujet concerne l’ensemble de la société, et la Ville a engagé sa transition écologique dans tous les aspects de son action. En proposant un budget participatif dédié au développement durable, nous souhaitons que les habitants prennent une part active dans le processus et apportent leurs idées. Nous souhaitions également expérimenter le budget participatif thématique, qui relance la réflexion autour de certains problèmes précis, et stimule la créativité. »

C : « Quels seront les bénéfices pour les habitants ? »

AS : « Les habitants ont la possibilité de s’exprimer, d’échanger entre eux sur leurs idées, et de proposer des projets dont ils seront ensuite partie prenante. Pour tous les porteurs de projet lauréat, cela peut représenter une source de fierté, un sentiment d’accomplissement individuel et collectif. Pour les autres, c’est aussi une manière de contribuer aux débats, d’identifier des problèmes et d’améliorer leur cadre de vie. Le budget participatif est un outil qui favorise le lien social. Il y a également un bénéfice pédagogique : cet outil permet aux habitants de mieux comprendre le fonctionnement de la commune, ses compétences, son fonctionnement financier, mais aussi le processus de réalisation d’un projet, qui peut être plus complexe qu’on imagine. »

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