Le 18 février avait lieu au parlement de la région de Bruxelles la conférence « la Démocratie à l’horizon 2030 », sur les défis et enjeux de nos démocraties pour les 10 années à venir. Des assemblées citoyennes au renouveau des institutions, les conversations ont été riches de suggestions. Voici 3 idées à retenir !

1. La participation sera locale, ou ne sera pas

Ce n’est un mystère pour personne – nos démocraties sont aujourd’hui en crise. La confiance des citoyens envers les élu.e.s et les institutions est au plus bas, et les partis populistes gagnent du terrain. Pour Jean Benoit Pilet, professeur de sciences politique à l’Université Libre de Bruxelles, la participation citoyenne peut aider à résoudre cette crise. La législation qui encadre la consultation citoyenne a beaucoup évolué ces dernières années, aussi bien au niveau national qu’au niveau européen. Les nouveaux modes de consultation possibles (comme les initiatives citoyennes ou les assemblées de citoyens) sont encore peu exploités, mais peuvent nous aider à réinventer nos démocraties.

Afin que la participation s’ancre véritablement dans nos démocratie et aide à regagner la confiance des citoyens, cette participation doit commencer localement afin de pouvoir s’étendre à plus grande échelle. Au niveau d’une commune, il est plus facile pour les citoyens de voir les bénéfices immédiats de leur engagement et donc de reprendre confiance en le processus. Les gouvernements locaux peuvent également s’engager dans un dialogue direct avec les habitants, et effectuer un suivi des idées citoyennes. L’été dernier, la ville de Louvain a par exemple répondu à 96% des idées exprimées sur leur plateforme.

Jean Benoit Pilet a également rappelé qu’il est important de ne pas se focaliser sur les initiatives prises individuellement, et de plutôt regarder le processus dans son ensemble. L’exemple de la Suisse est parlant : les consultations menées par le pays ont un taux moyen de participation de 40%, mais environ 90% des citoyens participent à au moins une initiative par an.

2. L’importance de la délibération

Pour Benoît Derenne, directeur de la Fondation pour la Génération Future, la participation citoyenne doit se baser sur une délibération approfondie. Pour transformer notre vie politique, il ne s’agit pas simplement de faire participer un grand nombre de citoyens; il faut également s’assurer que cette participation soit de qualité et qu’elle permette de véritablement enrichir le débat politique.

Pour Benoît Derenne, il manque aujourd’hui les outils pour relever ce défi. Les plateformes de participation permettent d’engager un grand nombre de citoyens, mais il faut encore les faire évoluer afin d’y créer des espaces de confiance et de dialogue qui permettent de faire émerger un consensus.

« Il faut ouvrir de nouveaux espaces et de nouveaux temps de délibération »

Benoît Derenne

S’il n’est pas toujours facile de créer les conditions de délibération sur des plateformes en ligne, nous voyons chez CitizenLab beaucoup d’exemples intéressants de communes qui mélangent participation en présentiel et numérique. L’ajout d’outils numériques (comme le vote ou l’idéation) à des évènements de débat hors ligne permet de mélanger et d’enrichir les deux approches. Nous pensons qu’il est impératif de soutenir ces méthodes en développant des outils permettant aux administrations de combiner ces méthodes pour ajouter à leurs plateformes le résultat de délibérations menées hors ligne.

3. La nécessaire réforme de nos institutions

Enfin, Anne-Emmanuelle Bourgaux, professeure de sciences politiques à l’université de Mons a rappelé que contrairement aux idées reçues, la participation citoyenne est loin d’être un phénomène nouveau. L’inclusion des citoyens à la prise de décisions faisait déjà l’objet de discussions lors de l’introduction du suffrage universel au début du 20ème siècle. Cependant, même si les possibilités d’inclusion des citoyens dans la vie des citoyens sont multiples, elles sont encore sous-exploitées – ce qui a en partie mené au sentiment de déconnexion des élu.e.s et de la perte de confiance des citoyens. Il est de notre devoir de multiplier les formes de démocratie afin de réenchanter la politique – et selon Anne Emmanuelle Bourgaux, ce changement doit passer par des réformes constitutionnelles.

Les six dernières réformes de la constitution ont aidé à réformé l’état en contribuant à diviser toute une série de compétences aux entités fédérées (communautés et régions). Nous avons aujourd’hui besoin d’une réforme de l’état citoyenne afin de remettre la participation citoyenne au cœur de notre constitution et d’augmenter ainsi le sens de légitimité de nos institutions.

Cette approche permettrait de dépasser l’opposition binaire entre représentativité et participation et de permettre aux citoyens de s’investir au mieux dans la vie politique du pays.


La conférence dans son intégralité a été retransmise sur la chaîne Youtube du Parlement Francophone Bruxellois

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