On entend souvent que les nouvelles technologies sont en train de révolutionner la participation citoyenne… mais que cela veut-il dire dans la pratique ? Quels développements numériques faut-il surveiller de près ? Dans quelles technologies les gouvernements doivent-ils investir ? Nous avons résumé le rapport de la Banque mondiale, rédigé par Tiago Peixoto et Tom Steinberg, rédigé pour aider les gouvernements à se préparer à l’impact (éventuel) des nouvelles technologies numériques.

Ce rapport présente 11 prévisions concernant l’influence de la technologie sur l’engagement citoyen et propose plusieurs mesures à prendre pour les gouvernements. Les principales questions auxquelles ce rapport vise à répondre : les technologies numériques (qu’elles soient établies ou émergentes) auront-elles un impact substantiel sur la manière dont les citoyens s’engagent et sur notre rapport au pouvoir ?

Le rapport dans son entièreté est à télécharger ici (en anglais pour l’instant). Si vous hésitez à vous lancer dans la lecture de ces 76 pages, voici notre résumé des principales mesures !

L’impact de la réalité augmentée

La réalité augmentée connait un fort effet de mode depuis quelques années. Cependant, à part dans le domaine du jeu et de quelques disciplines de la médecine, elle n’a encore pas encore permis d’avancée significative dans les gouvernements locaux. Cependant, selon les auteurs du rapport, elle pourrait avoir un fort impact sur l’engagement citoyen en changeant la façon dont les citoyens perçoivent les espaces publics. Un citoyen qui se promènerait dans sa commune avec une paire de lunettes de réalité augmentée pourrait obtenir, via la réalité augmentée, des réponses en temps réel sur les plans d’urbanisme, les services ou les bâtiments de la ville. Ce type d’innovation pourrait aider à développer les relations entre citoyens et leurs gouvernements locaux.

Les auteurs du rapport rappellent cependant qu’un tel outil devrait être encadré : qui sera autorisé à fournir ces données ? Est-il possible de garantir une information factuelle et objective ? Ces questions sont encore fortement sensibles et doivent être surveillées de près.

L’impact de la notation sociale

Notre activité en ligne génère des énormes quantités de données qui en disent long sur nos habitudes, nos goûts et même nos préférences politiques. Aujourd’hui, la plupart des gouvernements n’utilisent ces données que pour détecter et prévenir les activités criminelles. Cependant, le niveau de précision de ces données pourrait donner lieu à des activités plus poussées de surveillance ou de « classements » sociaux. Une compagnie d’assurance pourrait ainsi utiliser ces informations pour générer des notes de crédit étoffées, déterminant l’attribution des crédits ou bien lee prix des assurances. Comme le rappelle le rapport, ces pratiques sont déjà une réalité dans certains pays – la Chine a par exemple déjà développé des ‘scores citoyens’ basés en partie sur l’activité numérique.

Extrait de NoseDive, épisode précurseur de la série dystopique « Black Mirror » au sujet de la notation sociale.

Le défi pour les gouvernements est de décider comment réguler ces pratiques. Vont-ils interdire, encourager ou autoriser les décideurs ou les organisations à prendre en compte ces « scores sociaux » ? Quels domaines ces scores pourraient-ils affecter ? La législation mise en œuvre pourrait avoir un effet sérieux sur les relations de pouvoir et sur les inégalités.

L’impact de l’automatisation

Le traitement automatisé des données peut permettre aux villes de mieux appréhender les problèmes rencontrés par les citoyens. L’ensemble des outils de smart city fournissent en effet aux décideurs locaux des informations précieuses sur l’usage et le fonctionnement des services publics en temps réel, améliorant ainsi l’efficacité de ces services. Cependant, ces innovations pourraient aussi apporter des changement plus négatifs: en diminuant l’investissement nécessaire de la part les citoyens, le traitement automatisé des données pourrait minimiser l’engagement citoyen sur le long terme.

Plusieurs voix s’élèvent à ce sujet dans le rapport, expliquant que si les gouvernements n’améliorent les services qu’à partir de données automatisées, les citoyens pourraient perdre l’envie de communiquer avec le gouvernement et de s’engager en politique. L’automatisation pourrait éliminer la nécessité pour les citoyens de s’engager et de signaler les problèmes, ce qui pourrait affecter leur motivation à participer à des formes plus profondes d’engagement politique. À l’avenir, il pourrait même arriver que la science apporte la preuve que les désirs des citoyens détectés par les algorithmes sont plus légitimes que les mécanismes traditionnels tels que le vote.

Quelles mesures les gouvernements peuvent-ils prendre ?

Aussi inquiétantes que certaines de ces prédictions puissent paraître, il ne faut pas les laisser assombrir l’avenir. Elles ne sont justement que des prédictions, et non des certitudes. Dans les années à venir, elles peuvent être influencées par une multitude de nouveaux facteurs qui pourront annuler leurs effets. En réalité, la concrétisation de ces prédictions dépend heureusement largement de l’action humaine – c’est donc aux gouvernements et aux acteurs de la société civile de s’assurer que les innovations technologiques soient le plus bénéfiques possible aux citoyens.

En conclusion, les auteurs du rapport préconisent plusieurs actions clefs que les gouvernements peuvent prendre dès maintenant pour réguler l’innovation de façon positive. En voici quelques unes :

  1. S’assurer que l’innovation dans le service public et dans le gouvernement se fasse en partant des besoins de l’utilisateur, et que les nouvelles technologies répondent à de vrais problèmes.
  2. Lancer dès maintenant des débats publics formels au sujet de la notation sociale afin de de permettre à tous les acteurs et législateurs de faire des choix éclairés.
  3. Les assemblées citoyennes sont en mesure d’élaborer des politiques numériques informées, solides et légitimes. L’outil est à encourager afin d’inclure les citoyens dans le débat public et d’initier un débat apaisé.
  4. Veiller à ce que les instances qui régulent les GAFAs et autres grandes entreprises du numériques travaillent également sur les questions d’engagement citoyen.
  5. S’assurer que les outils d’engagement citoyen et de participation numérique soient aussi inclusifs que possible.
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