29 avril 2020. La Belgique entre dans son 42e jour de fermeture (ou est-ce le 44e ? Très honnêtement, nous avons perdu le compte). Tout comme les collectivités locales que nous accompagnons, l’équipe de CitizenLab travaille à distance depuis maintenant plus d’un mois. Nous avons tous assisté, déconcertés, à la fermeture soudaine des fontières les unes après les autres, souvent avec un impact dramatique sur les économies. Cependant, ce saut dans l’inconnu s’est petit à petit transformé en une nouvelle sorte de normalité. Confrontées à des mesures de distanciation strictes, les entreprises du monde entier ont été contraintes de réinventer leur façon de travailler et de communiquer. 

Les gouvernements, bien sûr, ne sont pas en reste. Bien que traditionnellement réticents au tout-numérique, les administrations publiques et les gouvernements locaux ont dû trouver de nouveaux moyens de communiquer avec les citoyens. Au cours du mois dernier, nous avons vu les autorités locales innover plus rapidement que jamais et s’adapter à de nouvelles circonstances que personne n’aurait cru possibles. Ces changement sont-ils passagers, ou annoncent-ils un tournant pour la participation citoyenne ?

La participation des citoyens, une première nécessité

Jusqu’à il y a encore quelques semaines, les réunions physiques occupaient une place centrale dans le processus de participation. Les ateliers citoyens et les assemblées publiques étaient là où la plupart des débats avaient lieu, où les décisions étaient votées et où les idées étaient discutées. Les récentes mesures de distanciation sociale ont mis en lumière à quel point les municipalités étaient dépendantes de ces événements : lors d’un webinaire que nous avons organisé il y a quelques semaines avec des fonctionnaires néerlandais, 70 % du public a déclaré avoir entre 3 et 10 ateliers citoyens de prévus dans les mois à venir. 

La crise qui secoue les démocraties occidentales oblige les collectivités locales à repenser cette étape essentielle. Cependant, plutôt que de mettre pause les initiatives de consultation jusqu’à la fin du confinement, de nombreux gouvernements ont fait le choix de les transférer en ligne. Ceci montre deux choses. Premièrement, que l’innovation rapide est absolument possible au sein des gouvernements. Les évènements actuels sont en ce sens une expérience à grande échelle, qui sert de terrain fertile aux gouvernements pour tester de nouveaux modes de participation qui pourraient conduire à des niveaux plus élevés d’engagement des citoyens. Deuxièmement, que les consultations des citoyens sont essentielles et ne peuvent être mises de côté, même en période de crise sans précédent – et surtout en période de crise ! Les plateformes numériques sont en train de devenir un lieu central de dialogue et de débat où les citoyens contribuent à trouver des solutions à la crise et aux scénarios « d’après-crise ». 

Dans les premières semaines du confinement, l’un des problèmes les plus urgents auxquels les gouvernements locaux ont été confrontés était l’afflux d’initiatives citoyennes et de mesures de solidarité. Ces mesures individuellesont dû être centralisées et coordonnées pour s’assurer que les besoins les plus urgents des communautés soient satisfaits et que les efforts soient efficacement répartis. Le premier élément que nous avons développé et ajouté à toutes nos plateformes existantes a donc été donc une fonction de coordination des actions de solidarité au niveau local, permettant aux citoyens de Linz ou de Rueil-Malmaison d’offrir des solutions innovantes et donnant aux villes la possibilité de soutenir ces initiatives individuelles. Qu’il s’agisse de la fabrication de masques, de courses pour les personnes âgées ou des cours en ligne pour maintenir les interactions sociales, ces initiatives ont eu un impact tangible sur les citoyens. 

Les projets solidaires mis en place sur la plateforme de Rueil-Malmaison

La technologie au service de la délibération

Soyons honnêtes. La délibération en profondeur, comme elle se fait hors ligne, est un défi majeur pour les outils numériques comme CitizenLab. Bien que nous sachions organiser des votes à grande échelle, recueillir des contributions ou analyser de grandes quantités de retours citoyens, jusqu’à présent nos plateformes n’avaient pas entièrement la capacité technique de permettre un dialogue approfondi et de faire émerger un consensus. Les réunions hors ligne permettent des interactions continues et en direct, alors que les plateformes en ligne sont conçues pour une participation écrite asynchrone

Nous avions ce problème à l’esprit bien avant que la crise ne frappe. L’urgence des conditions actuelles nous a finalement convaincus de la nécessité d’ajouter à notre plateforme une fonctionnalité d’atelier citoyen, qui intégrerait la vidéo, permettrait des discussions et aiderait les décideurs à dialoguer directement avec les citoyens. Elle a été conçue pour permettre un échange entre un grand nombre de personnes (les élu.e.s et administrateurs peuvent présenter des vidéos et partager des documents), mais aussi pour permettre des discussions dans des petits groupes (avec des votes et des échanges d’idées). Ces ateliers ne remplacent pas exactement les réunions publiques hors ligne, mais est-ce vraiment le but ? De nombreux acteurs de Civic Tech cherchent des moyens de mener des délibérations en ligne, et chaque expérience démocratique est un pas dans la bonne direction.

Les ateliers citoyens en ligne de CitizenLab

Cette fonctionnalité est conçue pour assurer la continuité démocratique, mais elle n’est pas uniquement conçue pour la crise. Nous pensons que la délibération en ligne n’est pas une solution temporaire, ni un compromis. Nous y voyons un moyen d’atteindre un public plus large et plus diversifié que les habitués des assemblées publiques. Nous pensons qu’elle peut être utilisée à l’échelle locale, mais aussi régionale, nationale ou internationale pour aider des groupes de citoyens à atteindre un consensus et à prendre des décisions collectivement. Pour en savoir plus sur cette fonctionnalité, c’est par ici.

Et maintenant ?

Les dernières semaines ont été très intenses. Nous avons vu une industrie que nous pensions connaître se réinventer rapidement, et nous-mêmes avons aussi dû évoluer rapidement. Nous savons que ce n’est pas la fin du voyage. Les gouvernements locaux, les fonctionnaires, les fabricants d’outils Civic Tech sont tous en train d’expérimenter et d’apprendre. Au cours des prochains mois, nous allons explorer toutes les solutions possibles et discuter avec d’autres acteurs sur le terrain pour recueillir des réponses innovantes et améliorer nos connaissances collectives. Vous avez des idées ? Parlez-nous !

Notre nouvelle fonction d’atelier citoyen sera lancée en mai, vous pouvez nous contacter pour l’essayer dès maintenant. Nous sommes également disponibles pour discuter avec tous les membres des collectivités locales qui souhaitent en savoir plus sur la participation numérique. 

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