Nous sommes venus, nous avons écouté, nous avons appris : voici nos 7 idées à retenir de la conférence TICTec.


TICTec, la conférence sur la technologie civique et la démocratie numérique, en est maintenant à sa 5ème édition. Nous avons assisté aux présentations à Paris cette semaine et nous en sommes repartis avec des idées pratiques et des cas pratiques inspirants. Si vous avez raté la conférences, voici un résumé de nos 7 idées principales.

1. La transparence n’est pas toujours une bonne chose.

Il est largement admis que la transparence est la voie à suivre poir les gouvernements et les entreprises de technologie civique. Mais Amanda Clarke, de l’Université Carleton (Canada), a apporté quelques nuances en rappelant que la transparence n’est pas neutre.Elle exige qu’un gardien qui choisisse l’information à rendre transparente, les canaux à utiliser et les temporalités de publication. Comme l’ont montré ses recherches sur les robots Twitter Wiki-edit, l’information dénuée de contexte peut aussi être trompeuse et mener à de fausses conclusions.

2. Toute participation n’a pas besoin d’atteindre un maximum d’inclusivité.

En plus de la transparence, l’inclusivité est un autre principe souvent considéré comme un objectif absolu dans tout processus participatif. Cependant, selon Miriam Levin, l’importance de l’inclusivité dépend fortement de l’objectif de la participation en jeu.

Cherchez-vous la légitimité ? Alors vous devriez en effet inclure autant de personnes et autant de groupes communautaires que possible. Mais si votre objectif est de recruter des experts, la qualité des participants compte plus que leur nombre.

3. Les gouvernements ne veulent pas être ouverts – ils veulent offrir de meilleurs services.

C’était un rappel utile de Benjamin Seibel (ODIS Berlin) concernant l’ouverture des services gouvernementaux. À juste titre, les fonctionnaires et les citoyens poussent les gouvernements à ouvrir leurs processus de travail et leurs résultats. Il faut toutefois garder à l’esprit que la mission principale du gouvernement est d’offrir des services optimaux à ses citoyens. Les processus participatifs et le partage des données doivent être un moyen, et non une fin en soi.

4. Concentrez-vous sur ce qu’on ne voit pas

Selon Panthea Lee de Reboot, nous avons trop de SFECE (sexy front-end citizen engagement) et pas assez d’USBEGI (unsexy back-end government integration). Une grande partie de la technologie civique actuelle se concentre uniquement sur le développement de bonnes interfaces pour les citoyens ; cependant, pour que les gouvernements adoptent l’outil, le back-office doit également s’intégrer à leurs modes de travail en interne.

Chez CitizenLab, nous sommes très conscients de ce problème. Nous essayons toujours de garder cet équilibre à l’esprit lors de la conception de nos plateformes participatives. Notre objectif est de rendre l’expérience citoyenne aussi simple d’utilisation que possible, et de permettre aux gouvernements de l’intégrer de façon facilement dans leurs activités quotidiennes.

5. Les budgets participatifs ne résolvent pas tout

Panthea Lee a également partagé un aperçu intéressant sur la budgétisation participative. Sa popularité croissante signifie que de plus en plus de gouvernements y ont recours, et qu’ils ont de plus en plus d’attentes par rapport à cet outil. Trop souvent, ils considèrent les budgets participatifs comme une solution à de nombreux défis auxquels ils sont confrontés.

En plus de conduire à des déconvenues, ceci mène à un manque de clarté dans la communication et peut fausser les attentes des citoyens. Les participants désabusés sont moins susceptibles de prendre part à des projets futurs. Panthea Lee suggère donc de concentrer les efforts sur un objectif principal, tel que l’éducation des citoyens sur les contraintes budgétaires.

6. Les citoyens se tiennent mutuellement responsables

Marko Skoric (City University of Hong Kong) a montré que lorsque les gens s’expriment publiquement sur une mesure souhaitée, ils sont plus susceptibles d’agir. Ainsi, un citoyen qui se plaint publiquement du manque de pistes cyclables a plus de chances de s’engager pour l’obtention de ces dernières qu’un citoyen qui pense la même chose mais ne l’exprime pas publiquement. Cette corrélation est encore plus forte lorsque l’expression se fait parmi un groupe de personnes connues.

Les actions de participation numérique telles que le partage d’idées en ligne ou la réaction à des idées existantes peuvent également conduire à l’engagement et à l’activation dans le  » monde réel « . Ceci est d’autant plus vrai pour la participation locale, car les chances sont plus grandes que les gens se connaissent réellement.

7. La délibération en petits groupes fermés diminue la polarisation.

La délibération en petits groupes fermés diminue la polarisation.
Marko Skoric a fait des recherches sur la façon dont les délibérations publiques ou privées (p. ex. Facebook ou WhatsApp) pourraient polariser le débat :

Les groupes fermés ont tendance à évoluer vers la dépolarisation en permettant aux gens de construire un argument nuancé dans un  » environnement sûr « . Même parmi les personnes partageant les mêmes idées, la polarisation a diminué.

La délibération publique, au contraire, pousse souvent les gens vers des opinions non nuancées et franches, qui les distinguent. Les gens ont aussi peur d’être humiliés publiquement par leurs pairs s’ils montrent trop de nuances. Ces deux facteurs conduisent à la polarisation que l’on observe aujourd’hui sur la plupart des médias sociaux publics.

Ce que les plates-formes de participation numérique comme la nôtre pourraient apprendre de cela, c’est qu’il pourrait être intéressant de segmenter le processus participatif en deux phases. La première phase serait la délibération en petits groupes fermés, où les citoyens discutent d’idées nuancées et trouvent des compromis. Dans un deuxième temps, ces idées seraient rendues publiques pour un vote.

Comme le montrent les conférences animées et inspirantes ayant eu lieu cette semaine, le monde de la technologie civique évolue rapidement. De nouveaux projets voient le jour partout à travers le monde, aussi bien du coté des gouvernements que de la société civile. Nous restons à l’écoute de ces changements pour adapter notre produit, et nous vous tiendrons au courant de nos prochaines évolutions!