La confiance des citoyens envers leurs gouvernements décline à travers le monde. Afin de lutter contre ce sentiment d’abandon, de nombreux gouvernements locaux ont recours à la civic tech pour réinventer le dialogue citoyen. Cependant, ces initiatives se transforment souvent en consultation étroite où les citoyens sont amenés à valider des décisions existantes plutôt que de faire émerger de nouvelles idées. La réponse à ce problème ? Les initiatives citoyennes.

Depuis environ 2013, date à laquelle un rapport de la Knight Foundation a théorisé la Civic Tech, les outils numériques ont essaimé dans les communes à travers le monde. Ces technologies sont utilisées pour consulter les citoyens sur un vaste nombre de sujet, faire émerger de nouvelles idées et partager le processus décisionnel. Cependant, ce modèle rencontre parfois des limites. Les initiatives de participation citoyenne peuvent se transformer en consultations verticales sur des sujets étroitement définis, permettant aux citoyens de choisir entre des politiques existantes ou bien de valider des décisions plutôt que de véritablement co-construire des projets.

Afin de redonner vie à une politique locale qui peine à enthousiasmer les citoyens, il est important de revaloriser la participation et de l’inscrire durablement dans le fonctionnement des gouvernements locaux. Ceci pourrait soit passer par un changement de mentalité des gouvernements, soit par un mouvement citoyen aidé de nouveaux outils numériques. Idéalement, ce changement viendra d’une combinaison de ces deux facteurs.

De la « politique basse » à la « politique haute« 

Le concept de politique basse et politique haute vient d’un récent article de Carnegie Europe au sujet de la participation citoyenne. Au niveau local, la « politique basse » fait référence à des projets de consultation ponctuels sur des sujets étroitement définis, tandis que la « politique haute » implique des dialogues continus avec les citoyens sur tous les sujets, y compris les sujets délicats avec un fort impact tels que le climat et la migration.

Afin d’investir les citoyens dans la démocratie locale, il est essentiel que les individus se sentent concernés par le résultat de leurs décisions. La participation ne peut pas se limiter à des choix faciles tels que le choix du nom d’une piscine municipale – pour établir un profond lien de confiance et un sens d’investissement, il faut consulter les citoyens sur des sujets où leur choix pourra faire une différence dans leur vie quotidienne : les conditions de circulation en centre ville, la répartition des budgets municipaux…

Droit à l’initiative

Bonne nouvelle : les cadres juridiques donnant aux citoyens un droit de regard direct sur l’agenda politique sont déjà en place. Dans presque tous les pays du monde, il existe ce qu’on appelle un « droit à l’initiative citoyenne« . Bien qu’elles aient des modalités d’application différentes selon les pays, les lois prévoient que les initiatives ayant atteint un certain nombre de votes ou de signatures soient ajoutées à l’agenda politique. Il existe ensuite une différence entre initiatives citoyennes directes et indirectes selon les représentants habilités à voter pour instaurer ces initiatives.

Les initiatives citoyennes comptent déjà plusieurs succès à travers le monde. L’un des cas les plus emblématiques vient de Buenos Aires, en Argentine. Après l’implémentation des initiatives citoyennes par la ville en 1998, les citoyens ont commencé à les utiliser pour développer différents quartiers. En 2005, une initiative fortement médiatisée des habitants du quartier de La Boca a réussi à faire annuler un projet immobilier très controversé et à mettre en place un espace vert protégé dans le quartier. Cependant, cette fonctionnalité reste peu utilisée – la plupart des municipalités de taille moyenne ne voient que 5 à 10 initiatives citoyennes par an, dont la plupart n’atteignent pas le nombre de signatures requis pour être prises en compte.

Les outils numériques à la rescousse

Le principal frein au développement des initiatives citoyennes est l’absence d’un outil efficace pour accompagner le processus de mobilisation. Aujourd’hui, les systèmes existant de mobilisation citoyenne sont face à deux problèmes principaux. Tout d’abord, ils nécessitent un effort très important de la part des citoyens : le porte à porte ou la récolte des signatures en physique demande un investissement de temps et d’énergie considérable. Deuxièmement, même quand elles sont partagées numériquement, ces initiatives peuvent encore rencontrer des obstacles administratifs. Il n’est pas toujours évident à qui elles doivent s’adresser, la véracité des signatures doit être prouvée, les délais de réponse ne sont pas clairs…

Alors, qu’attend-on pour moderniser le processus ? Bien que les plates-formes de participation en ligne existent depuis plusieurs années, les signatures numériques vérifiées et l’authentification eID faisaient toujours défaut. Dans les pays où ces conditions sont réunies, les initiatives citoyennes ont connu un vif succès : la plate-forme de pétition électronique lancée par le Parlement letton a ainsi été visitée par plus de 35% de la population du pays. La plateforme CitizenLab permet aujourd’hui de collecter et traiter les idées des citoyens, mais également de vérifier l’identité des participants. Nous avons donc décidé de lancer notre fonctionnalité d’initiatives citoyennes, qui est désormais disponible sur toutes les plateformes de nos partenaires.

Ce simple droit à l’initiative a le potentiel immense de rajeunir nos démocraties et de re-dynamiser la participation citoyenne. La mission de CitizenLab est de permettre aux citoyens de prendre part à l’agora numérique, et le lancement de cette fonctionnalité est une étape majeure de ce parcours.

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