La Civic Tech est une industrie pleine de promesses : une implication plus simple et plus rapide des citoyens dans les politiques publiques, davantage d’individus engagés dans les consultations citoyennes, etc. Tout ça, grâce à l’introduction des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans l’engagement citoyen. On questionne souvent ces bénéfices qu’apportent la Civic Tech, la plupart du temps en mentionnant la fracture numérique.

Mais s’il y a bien une promesse que la Civic Tech est en train de tenir, c’est celle d’encourager les plus jeunes à être actifs dans l’engagement citoyen, à une époque où l’on dit d’eux qu’ils ne se préoccupent de rien et qu’ils sont résignés et méfiants vis-à-vis de la politique.

Comment la Civic Tech parvient-elle à leur redonner le goût de l’engagement citoyen ?

1) La Civic Tech informe et éduque

Une des principales raisons pour lesquelles les jeunes ne prennent pas part à la vie politique, peu importe l’échelle, c’est parce qu’ils ont le sentiment de ne pas en savoir assez sur le sujet pour se forger une opinion. Or en France, bien que les partis politiques et les institutions se mettent progressivement au digital, officiellement on reçoit encore les programmes en version papier, on ne peut souvent assister aux réunions d’informations et aux conseils municipaux qu’en présentiel, etc. Voici quelques exemples d’initiatives Civic Tech qui visent à informer et éduquer en particulier les tranches les plus jeunes de la population :

–    Le comparateur de programme de Voxe.org : ce comparateur permet de comparer deux candidats ou parti selon un thème choisi. Il a été particulièrement mis en lumière lors des élections présidentielles et législatives françaises de 2017. Le comparateur couvre à présent un périmètre beaucoup plus grand, avec notamment des élections comme le Brexit, l’élection présidentielle de 2015 au Burkina Faso, ou le référendum constitutionnel italien de 2016 par exemple. La comparaison est donnée sous forme d’affirmations simples qui permettent de façon rapide et objective de situer les candidats les uns par rapport aux autres sur spectre politique.

Voxe Civic Tech engagement citoyen jeunes

–    Les décryptages politiques d’Accropolis : Jean et Sylvain décryptent pour vous l’actualité politique. Le but de ce média en ligne ? « Favoriser la réappropriation citoyenne de la politique en décryptant l’actualité en direct » selon leur site internet, notamment par exemple avec le #DirectAN, un commentaire en live des questions au gouvernement (QAG) à l’Assemblée Nationale tous les mercredis de 14h30 à 16h30 sur le réseau social Twitch (plus traditionnellement utilisé pour le streaming de jeux vidéo) où les spectateurs peuvent commenter et réagir en direct sur le chat.

Accropolis Civic Tech engagement citoyen jeunes

Le point commun de ces initiatives Civic Tech ? L’utilisation des nouvelles technologies pour éduquer les jeunes à la politique sans jargon et en toute neutralité. Là où la Civic Tech diffère de toutes les tentatives précédentes d’impliquer les jeunes dans l’engagement citoyen, c’est qu’elle vient les trouver sur leur terrain de prédilection, c’est-à-dire en ligne. Cela offre plus de possibilité de formats de l’information, mais aussi une pluralité des opinions qui existait moins avec les médias traditionnels.

2) La Civic Tech donne à la jeunesse les moyens de se faire entendre à moindre frais

Les initiatives ascendantes (ou bottom-up en anglais) se voient simplifiées grâce à l’usage des nouvelles technologies, ce qui implique une réduction des coûts. On pense par réflexe aux réseaux sociaux bien sûr, avec l’exemple du Printemps arabe, où Facebook a permis l’émergence et l’organisation d’un mouvement, notamment en Egypte.

A l’échelle locale aussi, on voit des citoyens se rassembler en ligne via les réseaux sociaux pour organiser leur revendication. En Belgique par exemple, des pique-niques urbains sur la route ont été organisés à Bruxelles et à Liège afin de promouvoir la mobilité douce, avec un rassemblement effectué au préalable sur les réseaux sociaux. Ils sont donc des outils très riches pour rallier de nouveau citoyens à une cause ainsi que pour impulser des mouvements qui prennent ensuite formes hors ligne, via des rassemblements, etc.

Toutefois, de plus en plus d’outils sont développés spécifiquement dans cette perspective citoyenne : c’est notamment le cas de CitizenLab. La plateforme permet notamment de recueillir des propositions citoyennes, hors du cadre d’un projet de ville, dans une boîte à idée ouverte.

3) La Civic Tech permet de rétablir la transparence, et donc la confiance

Il paraît que les Millennials sont une génération de sceptiques. Le challenge de la Civic Tech, c’est donc d’impliquer cette génération méfiante nourrie aux fake news. Non seulement elle se doit alors d’informer correctement (cf. la première partie de cet article), mais elle doit aussi rassurer et redonner confiance. Par le biais du mouvement Open Data notamment, c’est rendu possible.

Depuis 2011 en France, la mission interministérielle Etalab est en charge de coordonner l’ouverture des données publiques du gouvernement français sur le portail data.gouv.fr. Agriculture et alimentation, culture, logement, social, etc. On peut en quelques clics vérifier une donnée.

Etalab Civic Tech jeunes engagement citoyen

A une époque où, pour trop de jeunes, s’informer sur la politique de consiste tout au plus à écouter des débriefings journalistiques, la Civic Tech leur donne accès à quelque chose de bien plus précieux : les faits, partagés en toute neutralité.

Au niveau local, de nombreuses villes prennent aussi l’ouverture de leurs données en main, comme par exemple le Grand Lyon, avec son portail Open Data.

L’Open Data permet aux jeunes de se réapproprier l’engagement citoyen en mettant à disposition la donnée brute, à consulter ou à manier en toute transparence, une manière responsabilisant de les inclure (à nouveau) dans le débat public.

4) La Civic Tech rapproche les jeunes citoyens et les gouvernements

De nombreux outils de Civic Tech, et notamment les plateformes de démocratie participative comme mentionné plus haut, jouent le rôle d’une ligne directe entre les décideurs et les citoyens, en particulier les plus jeunes, qui connaissent rarement d’autres méthodes pour entrer en contact avec leurs élus. Ainsi les outils digitaux de la Civic Tech sont une alternative moins engageante et plus flexible que les réunions d’informations et autres sondages papiers. Ils n’ont plus la patience d’attendre la réception du bulletin municipal ou des compte-rendus du conseil dans leur boîte aux lettres pour s’informer sur l’avancée de la politique locale. Les outils de Civic Tech peuvent alors rendre ces actions possibles en ligne : plateformes de données ouvertes, information des citoyens en temps réel, plateformes de consultations en ligne, etc.

L’atout de faire passer ces initiatives en ligne ? Outre le fait qu’il est plus simple d’atteindre la jeunesse par ce biais, le digital permet aussi la conception d’outils simples et ergonomiques dont le fonctionnement est facile à comprendre par tous.

Si la Civic Tech ne remplace pas la « vraie » vie politique locale (ici il faut prendre « vraie » dans le sens contraire de « en ligne »), elle y contribue en tendant la main à ceux qui pensaient ne pas y être à leur place : la jeunesse d’aujourd’hui ; les citoyens de demain.

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