La budgétisation participative peut être un outil efficace pour permettre aux collectivités locales d’éduquer, d’engager et de responsabiliser les citoyens.

Cette publication est un extrait de notre Guide du budget participatif pour débutants. Curieux d’en savoir plus ? Téléchargez-le gratuitement !

Qu’est-ce qu’un budget participatif ?

Au fil des ans, le budget participatif est devenu un mot à la mode dans les sphères (« numériques ») de la démocratie. Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Vous avez peut-être envisagé de l’instaurer dans votre collectivité. Ou bien c’est peut-être tout à fait nouveau pour vous. Mais quelle que soit la catégorie dans laquelle vous appartenez, vous avez frappé à la bonne porte.

Commençons par les fondamentaux. Un budget participatif est un outil innovant d’élaboration des politiques qui implique directement les citoyens dans l’allocation des fonds municipaux. C’est à dire ? En bref : les villes demandent aux citoyens de les aider à définir les secteurs, les problèmes ou les opportunités qui devraient recevoir une partie du budget municipal. Et, bien sûr, quelle proportion du budget cela devrait être.

Depuis la première apparition du budget participatif au Brésil, en 1989, plus de 1 500 budgets participatifs ont été mis en œuvre dans le monde entier – devenant ainsi une des méthodes les plus populaires pour donner aux citoyens un droit de regard sur l’élaboration des politiques locales. À titre d’exemple, Peñalolén, une commune de la capitale chilienne Santiago, a engagé 24 450 citoyens pour proposer et hiérarchiser les initiatives locales. Le budget participatif permet aux citoyens d’allouer des ressources, de donner la priorité aux politiques sociales et de contrôler les dépenses publiques. Il s’agit donc d’un outil précieux pour l’éducation et la responsabilisation des communautés locales. Bien que ce processus puisse sembler complexe et adapté aux grandes villes, toute collectivité peut y participer. Après tout, le nombre d’habitants est un facteur moins déterminant à la réussite d’un budget participatif, que n’est leur engagement ou leur organisation.

Mettre en œuvre un BP dans votre ville

À première vue, cette démarche de préparation peut sembler un peu complexe. Mais en réalité, il s’agit de garder une vue d’ensemble et de suivre les étapes nécessaires. Nous vous soutenons, de la préparation du terrain au traitement des données et à la mise en œuvre des résultats. Voici les huit étapes de la mise en œuvre d’un budget participatif dans votre ville ou municipalité !

Les 8 étapes de la budgétisation participative:

1. Préparer le terrain

Il n’y a pas deux budgets participatifs pareils ! Lors de la phase de préparation, il y a des choix importants à faire. Le type de BP que vous choisissez, les mesures de réussite que vous définissez et la manière dont vous allez faire participer les citoyens auront un impact déterminant sur le résultat de votre projet. Voici quelques étapes à suivre :

  • lire des guides, des études de cas et des bonnes pratiques afin d’en apprendre plus sur le budget participatif.
  • déterminer quel type de BP correspond à votre situation : est-il possible de contribuer des idées ? Le vote des citoyens est-il décisif, ou bien est-il un facteur parmi d’autres ? Est-il à l’échelle d’un quartier, d’une région, d’un pays ?
  • déterminer l’objectif principal de votre projet : outre la distribution du budget, le projet peut aider à éduquer les citoyens, à lancer un dialogue, à comprendre les priorités des habitants…
  • déterminer la manière dont vous voulez impliquer vos citoyens (en ligne, hors ligne ou une combinaison des deux).

2. Informer vos citoyens

Le partage d’informations claires sur le déroulement du projet permet de créer une relation de confiance et de bien gérer les attentes des participants. Quelques conseils :

  • Communiquer le délai, le processus et les règles. Jusqu’à quand les citoyens peuvent-ils participer ? De combien de temps aurez-vous besoin pour traiter leurs idées, et quand peuvent-ils s’attendre à voir des résultats ? La plateforme CitizenLab dispose d’un calendrier intégré qui aide les villes à communiquer clairement ces informations avec les participants.
  • Partager les critères d’éligibilité pour les idées. Toutes les idées ne sont pas réalisables – le plus souvent, les organisateurs fixent des limites de coût et d’accessibilité.
  • Éduquer les citoyens en partageant proactivement les informations importantes. Si les citoyens distribuent par exemple des fonds liés à la mobilité, vous pourriez partager des données sur le trafic, des explications sur les règles en vigueur et des avis d’experts sur le sujet.
  • Gérer les attentes des citoyens de façon transparente, en étant honnête sur l’impact final que leurs contributions peuvent véritablement avoir.
Une affiche de la campagne Rueil-Malmaison créée pour le budget participatif. Cette identité visuelle était déclinée sur l’ensemble des moyens de communication de la commune.

3. Recueillir les commentaires des citoyens

Certains budgets participatifs comportent une phase de contribution, au cours de laquelle les citoyens peuvent proposer des idées à financer.

  • La communication est l’une des étapes clefs du processus. Nous vous conseillons de choisir les canaux qui vous conviennent (les canaux les plus efficaces sont souvent le courrier électronique, le référencement et les médias sociaux) puis d’y partager un message clair, avec une action bien définie. Pour plus d’informations, vous pouvez également consulter notre guide de communication.
  • N’hésitez pas à travailler avec des intermédiaires (associations, syndicats…), et autres micro-influenceurs pour accroître votre portée et augmenter votre visibilité.
  • Une fois le projet lancé, vos citoyens peuvent voter, commenter et (selon le projet) partager leurs idées.
Idées populaires sur la plateforme de Peñalolén

4. Traiter les contributions citoyennes

Si les citoyens sont autorisés à partager des idées, il faut alors prévoir une étape pour trier ces contributions. L’analyse des idées se fait par les administrateurs du projet, selon les critères d’éligibilité définis plus tôt dans le processus. Comme il n’est pas toujours facile de sélectionner des idées, la plupart des villes utilisent des critères d’éligibilité clairs et mesurables, tels que le coût ou la faisabilité technique. Une fois les idées sélectionnées, il est fortement conseillé de faire un retour aux participants sur leurs contributions afin de leur expliquer sur quelques critères les propositions ont été retenues ou non.

5. Organiser un vote, en fonction du type de BP :

C’est là que les choses sérieuses commencent. Dans cette phase, les citoyens répartissent un budget déterminé entre un certain nombre de thèmes ou d’idées. Il y a deux principales façons de répartir ce budget :

  • les « vases communicants » : ce que les participants ajoutent à un secteur, ils doivent le retirer à un autre.
  • le « panier d’achat » : les participants ajoutent des idées jusqu’à ce que la limite du budget soit atteinte.

Plus les projets sont complexes, plus les citoyens devraient disposer de temps pour voter. Nous recommandons de donner aux citoyens au moins deux mois pour voter, afin qu’ils aient suffisamment de temps pour s’informer.

6. Communiquer les résultats et les prochaines étapes

Quelles idées ont été retenues ? Quels domaines ont reçu la plus grande part du budget ? Quelles sont les prochaines étapes ? Il est important de prévoir une phase de communication à la fin du projet. Les résultats peuvent être communiqués sur la plateforme, par email, par courrier, sur les réseaux sociaux et même idéalement dans les médias locaux. La transparence contribue à établir une confiance à long terme et incitera les citoyens à participer au prochain projet.

7. Phase de mise en œuvre

Voici l’étape la plus essentielle de toutes : la mise en œuvre des idées ! C’est là que les citoyens peuvent mesurer l’impact tangible de leur participation. C’est l’occasion de transformer leurs idées en projets concrets. En attendant, tenez vos citoyens au courant pour qu’ils puissent voir ce qui est en train de changer.

Pour faire d’un budget participatif une réussite, il y a quelques conditions clés à garder à l’esprit :

  • Il faut qu’il y ait suffisamment de ressources pour mettre en œuvre les projets choisis par les citoyens et validés par la ville. Le cas échéant, cela peut briser la confiance des citoyens envers le processus.
  • Une fois le budget finalisé, les villes doivent le rendre public. Il est également important de faire des retours aux participants sur leurs idées, expliquer pourquoi elles n’ont pas été sélectionnées, et les tenir au courant de l’avancement des projets proposés.
  • Si vous avez décidé d’ajouter une phase d’idéation au budget participatif, il est essentiel de prendre en compte les idées apportées par les citoyens dans l’établissement des priorités et l’élaboration des politiques.

8. Créer un cycle

Pour gagner la confiance de vos citoyens, il est bon de faire de la budgétisation participative un élément fixe du cycle budgétaire de votre communauté. Cela vous aidera à stimuler l’engagement et à renforcer votre démocratie locale.

Les étapes de la mise en œuvre d’un budget participatif : planifier, agir, revoir, apporter les changements nécessaires… et recommencer !

Prêt.e à vous lancer ?

Vous pensez à vous lancer dans le budget participatif ? Notre guide pratique à destination des collectivités locales, écrit en collaboration avec KPMG comprend :

  • Une définition claire de la budgétisation participative et des idées qui la sous-tendent ;
  • Un aperçu des facteurs de réussite essentiels et des obstacles éventuels ;
  • Une explication détaillée des différents types de projets et de leurs avantages spécifiques ;
  • Des études de cas concrets à travers le monde.